Le piège de Jeannot Ahoussou à Libi Koita

Le piège de Jeannot Ahoussou à Libi Koita

Depuis le renversement du président Gbagbo, bon nombre de cadres de l’administration, civils comme militaires, vivent cachés. Au nom de la réconciliation, Alassane Ouattara et ses collaborateurs les appellent à la reprise du travail. Militaires, policiers, gendarmes et autres corps habillés ont été payés main à main, en début du mois, officiellement pour obliger les méfiants à sortir de leurs cachettes. Or, sur les lieux du travail, ils sont constamment enlevés.

Pour Libi Koita, DG de la SICOGI jusqu’à son arrestation le 24 mai, le guet-apens commence le 28 avril. Ce jour-là, Jeannot Ahoussou Kouadio préside une réunion avec les dirigeants des sociétés sous tutelle du département de la Construction et de l’Urbanisme dont il assurait l’intérim avant la formation du gouvernement du 2 juin. Le DG de la SOGEPIE, Théophile Godji (gestionnaire du patrimoine immobilier de l’Etat), était là. Libi Koita (SICOGI, bâtisseuse d’habitats à loyer modéré) et Kéty Lanciné (AGEF, gestionnaire du foncier urbain) étaient encore méfiants. Ils se sont fait représenter. Jusque-là, ils vivaient cachés pour échapper aux violences de l’après renversement du président Gbagbo.

A cette réunion, Ahoussou Kouadio prône la « réconciliation » et charge les représentants des DG absents de leur demander de reprendre le travail. Il assure qu’il n’y aura pas de représailles contre les DG pro-Gbagbo sous sa tutelle intérimaire. Or, le 29 avril, le jour même où Libi et Kéty ont repris le travail, Théophile Godji a été arrêté à son bureau, brièvement transféré à l’hôtel La Nouvelle Pergola, lieu de résidence surveillée des cardes du FPI, avant d’être libéré. Libi Koita inquiet se fait recevoir par le nouveau ministre de tutelle, Jeannot Ahoussou, en audience. Le ministre d’Etat donne ses « sincères regrets » pour l’arrestation de Godji. Il rassure Libi.

Le 4 mai, le DG de la SICOGI est cependant arrêté. Il passe cinq jours à La Pergola avant d’être libéré le 9 mai. Entretemps, le DG de l’AGEF, Kéty Lanciné, est aussi arrêté le 6 mai et passe, à son tour, 10 jours à la Pregola avant d’être libéré le 16. Ils sont tous les deux arrêtés par des hommes en armes mais leur libération est chaque fois intervenue sur ordre du ministre. De ce fait, ces trois DG pro-Gbagbo ont repris le travail. Au DG de la SICOGI, le ministre a même demandé un « état des lieux écrits » sur la société.

Le 24 mai, Vincent Libi Koita est invité par son ministre. L’homme croyait être appelé pour discuter du rapport qu’on lui a demandé. Que non ! « Ecoutez, Monsieur Libi. Là, je ne peux plus rien faire pour vous. Vous avez détourné 1,4 milliards de FCFA à la SICOGI. Vous devez en assumer le prix ! », déclare le ministre d’Etat. Libi Koita tombe des nus mais peu importe, son sort est scellé. Le ministre demande à son directeur de cabinet de le conduire à la Police économique. Libi Koita y a donc passé 16 jours. L’enquête ouverte après coup n’a rien donné et le procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio, parent de Jeannot Ahoussou Kouadio, dit-on, avait transmis le « dossier vide » au ministre de la Justice. Mais celui-ci a tout caché à Alassane Ouattara pour prolonger le séjour au violon du DG de la SICOGI. Pour rien.

Depuis le 8 juin, Libi Koita est libre de nouveau, mais il a été sali et humilié. A présent que les enquêtes l’ont blanchi, que va-t-il se passer ? Alassane Ouattara aura-t-il assez de cran pour demander des comptes à son ministre qui lui a fait signer un décret arbitraire ? Peut-il surmonter sa rancœur contre les partisans de Gbagbo pour réparer le tort causé à Libi Koita, quitte à le remplacer plus tard et en toute élégance ? Simples questions à des organisateurs de réconciliation.

 C.E. 

Source : Notre voie

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Description

Depuis le renversement du président Gbagbo, bon nombre de cadres de l’administration, civils comme militaires, vivent cachés. Au nom de la réconciliation, Alassane Ouattara et ses collaborateurs les appellent à la reprise du travail. Militaires, policiers, gendarmes et autres corps habillés ont été payés main à main, en début du mois, officiellement pour obliger les méfiants à sortir de leurs cachettes. Or, sur les lieux du travail, ils sont constamment enlevés.

Pour Libi Koita, DG de la SICOGI jusqu’à son arrestation le 24 mai, le guet-apens commence le 28 avril. Ce jour-là, Jeannot Ahoussou Kouadio préside une réunion avec les dirigeants des sociétés sous tutelle du département de la Construction et de l’Urbanisme dont il assurait l’intérim avant la formation du gouvernement du 2 juin. Le DG de la SOGEPIE, Théophile Godji (gestionnaire du patrimoine immobilier de l’Etat), était là. Libi Koita (SICOGI, bâtisseuse d’habitats à loyer modéré) et Kéty Lanciné (AGEF, gestionnaire du foncier urbain) étaient encore méfiants. Ils se sont fait représenter. Jusque-là, ils vivaient cachés pour échapper aux violences de l’après renversement du président Gbagbo.

A cette réunion, Ahoussou Kouadio prône la « réconciliation » et charge les représentants des DG absents de leur demander de reprendre le travail. Il assure qu’il n’y aura pas de représailles contre les DG pro-Gbagbo sous sa tutelle intérimaire. Or, le 29 avril, le jour même où Libi et Kéty ont repris le travail, Théophile Godji a été arrêté à son bureau, brièvement transféré à l’hôtel La Nouvelle Pergola, lieu de résidence surveillée des cardes du FPI, avant d’être libéré. Libi Koita inquiet se fait recevoir par le nouveau ministre de tutelle, Jeannot Ahoussou, en audience. Le ministre d’Etat donne ses « sincères regrets » pour l’arrestation de Godji. Il rassure Libi.

Le 4 mai, le DG de la SICOGI est cependant arrêté. Il passe cinq jours à La Pergola avant d’être libéré le 9 mai. Entretemps, le DG de l’AGEF, Kéty Lanciné, est aussi arrêté le 6 mai et passe, à son tour, 10 jours à la Pregola avant d’être libéré le 16. Ils sont tous les deux arrêtés par des hommes en armes mais leur libération est chaque fois intervenue sur ordre du ministre. De ce fait, ces trois DG pro-Gbagbo ont repris le travail. Au DG de la SICOGI, le ministre a même demandé un « état des lieux écrits » sur la société.

Le 24 mai, Vincent Libi Koita est invité par son ministre. L’homme croyait être appelé pour discuter du rapport qu’on lui a demandé. Que non ! « Ecoutez, Monsieur Libi. Là, je ne peux plus rien faire pour vous. Vous avez détourné 1,4 milliards de FCFA à la SICOGI. Vous devez en assumer le prix ! », déclare le ministre d’Etat. Libi Koita tombe des nus mais peu importe, son sort est scellé. Le ministre demande à son directeur de cabinet de le conduire à la Police économique. Libi Koita y a donc passé 16 jours. L’enquête ouverte après coup n’a rien donné et le procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio, parent de Jeannot Ahoussou Kouadio, dit-on, avait transmis le « dossier vide » au ministre de la Justice. Mais celui-ci a tout caché à Alassane Ouattara pour prolonger le séjour au violon du DG de la SICOGI. Pour rien.

Depuis le 8 juin, Libi Koita est libre de nouveau, mais il a été sali et humilié. A présent que les enquêtes l’ont blanchi, que va-t-il se passer ? Alassane Ouattara aura-t-il assez de cran pour demander des comptes à son ministre qui lui a fait signer un décret arbitraire ? Peut-il surmonter sa rancœur contre les partisans de Gbagbo pour réparer le tort causé à Libi Koita, quitte à le remplacer plus tard et en toute élégance ? Simples questions à des organisateurs de réconciliation.

 C.E. 

Source : Notre voie

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