Comme dans une scène de cinéma, le lundi 11 avril 2011, la vie politique de la Côte d’Ivoire a connu un véritable « break down » avec la chute du Président Laurent GBAGBO pourtant, élu par le peuple ivoirien et confirmé par les institutions de ce pays, indépendant de plus de cinquante ans.
Depuis, tel un groupe de singes qu’un python surprend dans un gros arbre, c’est la panique et la pagaille dans le village ivoire.
D’un côté, le chef de la rébellion, Dramane Ouattara et ses chiens de guerre, qui tentent de convaincre de la solidité d’un pouvoir dont l’acquisition empeste de l’odeur coloniale déposée sur une signature digne des réseaux focardiens. De l’autre côté, la bagarre fait rage entre les tenants du pouvoir déchu. Entre les querelles de positionnement et accusations de part et d’autre pour justifier la responsabilité de chacun dans la perte du pouvoir, le commun des mortels y voit tout aussi clair que dans du jus de boudin. Comme on le dit dans les rues abidjanaises, « tout est mélangé ».
Comment un homme tel Laurent GBAGBO que tous présentent comme le Mandela ou le Lumumba des temps nouveaux a-t-il pu perdre le pouvoir sans jamais avoir eu la moindre chance de mettre en place son programme de gouvernement ?
Les esprits les plus avisés de la scène politique ivoirienne sont unanimes à reconnaître la maestria politique de Laurent GBAGBO. Sur le continent noir, très peu de Présidents peuvent se mettre en balance avec lui. Tous lui reconnaissent son intégrité, son projet exceptionnel de gouvernance, son éloquence intellectuelle et sa brillante maîtrise de tous les sujets contemporains. De lui, un journaliste d’un quotidien français disait : « C’est un homme merveilleux à écouter et dès que vous le quittez, vous courez tout de suite à vos bouquins, tellement vous avez l’impression de ne rien savoir. On dit en Afrique qu’un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui part en fumée et, ce monsieur est effectivement une véritable bibliothèque bien encore vivante et chaque africain devrait s’abreuver à sa source ».
Laurent GBAGBO est un homme politique bien et bon à tous les niveaux, même si la perfection ne fait pas parti de ce monde. Mieux, même ceux qui le tiennent aujourd’hui en captivité, aussi bien du côté de l’Elysée que d’Abidjan, ne savent pas trop quoi mettre dans le dossier d’accusations tellement les arguments sont farfelus et dénudés de tout sens logique.
Que peut-on réellement reprocher à Laurent GBAGBO ?
Parce que s’il est vrai que ses adversaires actuels ne peuvent rien lui reprocher, il n’en est pas de même pour le petit ivoirien du coin de la rue.
Son épouse Simone Ehivet est la première qui annonce les couleurs dans l’ébauche des reproches contre Laurent GABGBO : « Lorsqu’on défend une cause, on a besoin d’un certain nombre d’éléments. On a besoin de courage, on a besoin d’honnêteté. On a surtout besoin d’avoir une vision claire du combat que l’on mène. Si on a des idées confuses, on ne va pas loin. On a besoin d’avoir un groupe constitué sur lequel s’appuyer, et dans ce groupe là, on ne doit tolérer ni laxisme, ni aucune division », in Paroles d’Honneur. Et le groupe de zouglou « Yodé et Siro » viendra enfoncer le clou dans les reproches contre le Président ivoirien « si tu as nommé voleur, c’est quoi qu’on va appeler voleur ».
Oui, les reproches contre Laurent GBAGBO peuvent être nombreux mais plutôt que des fautes individuelles, ce sont bien au contraire des fautes collectives qui lui incombent en tant que chef de groupe. Car, Laurent GBAGBO a toujours fait preuve d’un courage exemplaire, son honnêteté ne fait aucun doute et depuis un demi siècle qu’il a décidé de consacrer sa vie à son pays et à la politique, sa vision est restée la même jusqu’à son renversement du pouvoir par l’armée française. Malheureusement, s’il disposait de toutes les qualités d’un vrai leader, il est aujourd’hui juste de reconnaître que Laurent GBAGBO a manqué d’un vrai groupe.
En effet, bien avant son accession au pouvoir, le Front Populaire Ivoirien (FPI) faisait rêver tous les ivoiriens et les démocrates de tous bords.
La maîtrise des problèmes sociaux, l’étroitesse des rapports avec les populations, la parfaite connaissance du pays et la pertinence des solutions proposées, tout ceci faisait que la venue au pouvoir de Laurent GBAGBO et ses camarades était pour la Côte d’Ivoire toute entière ce qu’est pour une jeune fille amoureuse, l’arrivée de son prince charmant. Tant de rêve et d’espoir pour des lendemains heureux. Mais une fois au pouvoir et surtout depuis un certain septembre 2002, tous les ivoiriens qui s’étaient pris de rêve avec l’avènement de la « refondation », vont vite déchanter.
En effet, avec la crise de septembre 2002, le FPI de Laurent GBAGBO va perdre tous ses repères et se comporter comme de véritables larrons en foire. La course à l’enrichissement facile et rapide va faire place à l’intégrité morale qui caractérisait les « camarades ». L’orgueil et l’arrogance vont s’installer à la place de l’humilité légendaire et de la sollicitude qui étaient le partage de nos « camarades ».
Profitant de la période de crise et de la profonde pagaille qui régnait dans le pays, certains camarades vont en profiter pour s’en mettre plein les poches comme si cette crise marquait la fin de la Côte d’Ivoire.
Les camarades vont alors devenir des invisibles car les catégories sociales venaient de changer. Nous étions désormais des oiseaux aux plumages différents. Dorénavant pour avoir la chance de voir un camarade, promu par Laurent GBAGBO, il fallait attendre des obsèques communautaires et sourire grandement à ses nombreux gardes du corps. Avec un peu de chance et une maîtrise parfaite des pas de danse du terroir, tu pouvais avoir droit à un petit billet « bleu » de sa part. Au pays bété, il fallait être un excellent danseur de « l’Alloukou » aux sons de Dodo Lather, Djezoua Djagger et autres.
Le lien était rompu entre les camarades et la base. Dans nos villages, les camarades nommés par le chef avaient oublié que c’était une mission que ce dernier leur confiait à travers cette promotion, celle de maintenir la flamme militante et de consolider le parti dans leur zone respective. Pire, la solidarité et l’amitié qui regnaient jadis au sein groupe vont foutre le camp. Des querelles idiotes et insensées de leadership vont naître entre des camarades qui se connaissaient pourtant depuis les années de prison sous Houphouët Boigny et même bien avant cela pour certains. A travers toutes les régions du pays, des cadres vont fragiliser le parti et Laurent GBAGBO qui faisait déjà face à la rébellion et ses nombreux soutiens dont la France, en première ligne. Partout les cadres du parti vont s’affronter à travers leurs différents clubs de soutien et abandonner par la même l’entretien politique de la base. Nous ne voulons pas citer de noms mais, la mémoire collective est encore fraîche et nous avons tous en esprit cette querelle de deux de nos valeureux cadres, pourtant issus du même village. Plutôt que de faire profiter de cette chance à leurs populations et permettre l’ouverture du parti aux autres populations encore réticentes ; ces deux fils du même terroir se sont détestés jusqu’à la mort très récente du plus jeune au cours des évènements qui ont conduit à la chute du chef.
Toutes ces querelles inutiles vont fragiliser le parti qui va ainsi perdre sa sérénité et prendre l’eau de toute part. Plutôt de soutenir le chef qui faisait l’objet de toutes sortes d’attaques aussi bien au plan national qu’international, les camarades étaient plus préoccupés à savoir qui était le plus beau, le plus grand de taille, le plus riche et le plus performant au lit, étant donné que tous, avaient un faible pour la chair féminine bien fraîche. C’était la pagaille dans la maison « bleue ».
Le chef ayant constaté qu’il était seul face aux adversaires qui devenaient de jour en jour plus mordants, va ouvrir ses bras à de nouveaux « amis », alliés de circonstance. Ne dit-on pas que lorsqu’on se noie, on s’accroche à la première branche qui s’offre à nous dans l’espoir d’être sauver et peu importe d’où elle vient ? Laurent GBAGBO pour n’avoir pas pu compter sur un véritable groupe bien constitué, était obligé de s’offrir à de nouvelles personnes dont on ignorait complètement les desseins.
Ainsi, entre les camarades d’hier, désormais cossus financièrement et occupés à rattraper le temps avec les « petites » et les nouveaux alliés, préoccupés eux aussi, à se remplir les poches, Laurent GBAGBO prenait l’eau de partout. Ses adversaires ne pouvaient qu’être heureux car ce qu’ils n’avaient pas réussis par les armes, ils allaient le réussira en prenant pour prétexte les tares des « camarades ».
Et pourtant dans cette marre ivoire, depuis 2002, chaque parti se servait à souhait sans le moindre contrôle mais comme nos camarades aimaient les crabes, les bruits de leur mâchoire parvenaient aux oreilles de tout le peuple.
Aujourd’hui où nous nous souvenons qu’il y a 100 jours que Laurent GBAGBO est embastillé par Dramane Ouattara avec le soutien ferme et la caution de la France, il est plus qu’important que nous sachions que nous sommes tous responsables, chacun à son niveau. Car, parmi nos sœurs, qui n’a jamais rêver d’avoir son « refondateur » et de l’autre côté, qui n’a jamais réclamé sa part au « tonton » ou poussé ce dernier à en prendre davantage ?
Oui, nous sommes tous responsables de la chute de notre leader et aujourd’hui, l’heure a sonné de retrousser nos manches, de revenir à l’idéologie socialiste de base et d’engager la bataille résolument pour la libération de Laurent GBAGBO et la préservation des nombreux acquis démocratiques obtenus au prix de mille combats et de nombreuses privations.
Et, dans cette nouvelle quête, les frères et sœurs de la diaspora notamment ceux d’Europe avec à leur tête de dignes et valeureux ivoiriens tels Alain Toussaint, Abel Naki, Patrice Kouté, Jean-Paul Gnahoua, pour ne cite que ceux là, sont déjà à la tâche et nous devons tous les y rejoindre.
Oui, il faut sauver le soldat GBAGBO car il y va de notre dignité d’Homme libre et de la crédibilité de la nouvelle génération que nous représentons aujourd’hui.
Senateur Akenon !!!!
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